Village patrimoine

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Historique

La première mention écrite du village date de 1190. Sercus a sans doute pris naissance dans le contexte des défrichements du XIIème siècle à proximité de la voie romaine reliant Cassel à Thiennes. En 1469, d’après le recensement effectué à l’époque de Charles le Téméraire, la commune compte 124 feux et la population était de 576 habitants. A cette époque, le territoire de Sercus relevait de deux juridictions distinctes : la justice seigneuriale d’Ebblinghem et la justice particulière de la seigneurie de Planque.

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Gravure de l’église Saint Erasme

En 1583, Sercus vit les tensions liées aux guerres de religion comme le précise une inscription gravée dans la tour de l’église.

Peu avant le rattachement à la France, lors du siège de la ville d’Aire, les français enlève la cloche et les gouttières en plomb de l’église pour fabriquer des armes.

A la révolution, l’église est pillée. les révolutionnaires font tomber la croix du clocher qui dominait le village. A cette époque, le curé Oudoire se distingue en vivant caché pour avoir refusé de prêter serment à la Constitution civile du clergé. Il est protégé par la population et il se réfugie dans les fermes des environs.

Au XIXème siècle, le poète flamand Guido Gezelle consacre plusieurs poèmes à Sercus qui vivait de l’agriculture et d’une petite confection de corsets.

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Article de Christian Defevre (Hors série L’Indicateur juin 2011)

Chaumières et chapelles

Patrimoine local

Les chaumières
A l´heure de la modernisation et du profit à outrance, nous découvrons, nostalgiques, que notre patrimoine ainsi que les témoignages des générations passées disparaissent peu à peu. Quel dommage ! Quelques articles ça et là, heureusement, nous donnent encore l´espoir que le passé ne sera pas totalement oublié.

Prenons nos vieilles chaumières ou fermes d´antan qui nous apportent une note de charme et de poésie dans notre paysage flamand (on en trouve trois à Sercus).

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Les conditions de vie y étaient rudimentaires. Le grand feu flamand, dès le milieu du XIX siècle avait remplacé l´âtre « de schouw » dont la plus grande partie de la chaleur s´en allait par la cheminée comme au moyen-âge. Les murs des chaumières étaient construits autour de la grande cheminée. Ils étaient faits de torchis : mélange d´argile, de chaux, de paille maintenu par des lattes et que l´on appliquait entre le gîtage de bois. Le toit était en chaume : en paille de blé ou de seigle. Grâce à ces composants isothermiques, il était aisé de se chauffer l´hiver et la maisonnée restait fraîche l´été. A l´heure où l´on parle de Grenelle de l´environnement, d´écologie ou de gestion différenciée, prenons-en de la graine !

La pièce principale servait à la fois de cuisine, de salle à manger et d´atelier de travail pour les couturières. Le samedi soir, de « salle d´eau » avec la grande cuve d´eau chaude au milieu, où y défilaient les garçons, les filles puis les parents lorsque tout le monde était couché.

La semaine, on se lavait dans un grand bassin émaillé au bout de l´unique table ou encastré dans une sorte de trépied. Dans les chambres situées autour de la pièce principale, il n´était pas rare de trouver, certains matins d´hiver, les vitres givrées. Les lits ne dépassaient guère les 1,20 m. Les matelas étaient bourrés de « kaf » ou paillettes de blé, renouvelé tous les ans les jours de batteuse à la ferme. Le contact avec les draps rugueux était un peu désagréable. Rien à voir avec les draps de soie que l´on peut trouver dans le commerce à l´heure actuelle.
Chaque chaumière disposait d´une petite pièce n´ayant qu´une modeste ouverture sur le Nord avec un sol de terre battue de vingt ou trente centimètres plus bas que le niveau général. Cette salle fraîche tenait lieu de cave pour la conservation des aliments. C´était « de spinde ». Les fermes, estaminets, maisons de commerce possédaient des caves dont la profondeur était moyenne, les problèmes d´infiltration d´eau n´étant pas résolus. Les caves souvent voûtées s´élevaient au-dessus du sol et supportaient une chambre surélevée appelée « voûte ».

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Les chaumières étaient conçues façade dirigée vers le sud. Les fenêtres de dimension modeste n´empêchaient pas le soleil de darder ses rayons sur les étains, l´abondance des cuivres ou le balancier de cuivre de la grande horloge. On y trouvait une unique pièce de mobilier dans la grande salle : armoire basse à deux ou trois portes, taillée dans l´orme, le merisier parfois le poirier, le « schapreï » en flamand. On y rangeait la vaisselle, les couverts, le café, la chicorée et le sucre et, dans les tiroirs, le nécessaire à coudre ou à repriser, le linge fin et les mouchoirs. Le tiroir central, plus petit, recélait « les papiers importants », livret de famille ou militaire, correspondance.
Les ustensiles de cuisine étaient rudimentaires. Ils se réduisaient à une grande bouilloire constamment sur le feu. Le « frit pott », marmites et différents chaudrons étaient en fonte, l´un d´entre eux, énorme, était suspendu à une crémaillère au-dessus du feu de bois. On y cuisait la soupe à l´oseille, le jambon de la ducasse, le lait battu : le « pap » avec des quartiers de pommes. Le butagaz n´apparut qu´après la seconde guerre mondiale.

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Que dire de la lessive ? Elle prenait plusieurs jours. La pompe à eau marchait sans arrêt. Les femmes frottaient le linge à la main. Vous souvenez-vous de la planche à laver et du linge étalé sur l´herbe des prairies en évitant soigneusement les bouses de vache ! Quels avantages nous procure aujourd´hui notre lave-linge ! Mêmes les hommes, de nos jours, « pourraient » s´en servir !! Il ne faut pas oublier le repassage, avec les fers à repasser chauffés avec des platines rougies sur le feu flamand.

Les Chapelles de Sercus
« Profondément croyants et pratiquants mais un peu superstitieux, les paysans flamands élevaient partout des chapelles et des calvaires surtout quand un voeu s´était heureusement réalisé. C´était une manière d´honorer ses morts » dixit Albert Deveyer dans son livre La Flandre d´autrefois.
Comme dans toute la région, Sercus comptait de nombreuses petites chapelles fixées sur un arbre ou aménagées dans le pignon ou sur la façade d´habitation. Elles témoignaient de la dévotion de ses habitants. Parfois même, elles rappelaient le souvenir d´un enfant décédé accidentellement comme celle qui se trouve dans le pignon de la ferme route dHazebrouck à l´entrée du village. Jusque dans les années 60, il était d´usage de déposer une petite croix en bois devant chacune de ces chapelles sur le chemin qu´empruntait le corbillard tiré par des chevaux emmenant un défunt à l’Eglise.

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Le sentier Guido Gezelle récemment aménagé, qui contourne la place et se prolonge dans la campagne passe à proximité d´une chapelle très ancienne dédiée à Notre Dame de Consolation sur le fronton de laquelle des inscriptions sont écrites en flamand.

On est incapable de dire la date de construction, c´est dire si elle est ancienne. Cette chapelle, devenue propriété de la commune, lors de l´aménagement du sentier, a été complètement restaurée par les bénévoles de l´Association Yser Houck. Elle a été inaugurée le 21 juillet 2002 par l´Abbé Dewailly, le curé des 7 paroisses dont Sercus fait partie et cela en présence d´une foule nombreuse.
Au carrefour des rues de Morbecque et de Verdun se dresse une autre chapelle en l´honneur de Notre Dame des Affligés. Cette chapelle a été reconstruite dans les années 60 par la famille Mordacq un peu en retrait du croisement pour faciliter la visibilité.

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Le temps a fait son oeuvre…
Une chapelle dédiée à Notre Dame de la Paix a été érigée par la famille Andriés chemin des Loups. Elle a aujourd´hui disparu, la maison à proximité de laquelle elle était construite étant devenue une résidence secondaire appartenant à des Anglais.

La plus belle chapelle était construite (en face de l´école) en briques. Elle était recouverte d´ardoises. C´était de loin la plus grande. Elle avait été construite en l´honneur de la Vierge et de l´Enfant. A la mort de la propriétaire, Maria Deveyer, qui tenait le débit de tabac et la cabine téléphonique, la municipalité a fait l´acquisition de la maison et du terrain sur lequel la chapelle était érigée. Cet emplacement a été aménagé au cours du temps en parking et a permis l´extension du cimetière.
En 1938, la famille Courtois a installé un calvaire à proximité de leur ferme. Lors de la bénédiction par l´Abbé Dumortier,le 28 septembre 1938, le christ en bronze de la taille d´un homme a été porté en procession par les jeunes gens de la paroisse depuis l´Eglise. Malheureusement, le temps a eu raison de la structure. Avec l´accord de l´Abbé Dewailly, la famille décida de détruire ce qui en restait. Le christ a été démonté en 1995. Il est en parfait état et attend l´opportunité d´une nouvelle installation.

Reconnaissance à la Vierge
Enfin, route d´Hazebrouck à l´entrée du village, grâce à une souscription des familles de la commune, s´élève un monument de reconnaissance à la Vierge Marie Immaculée Conception pour la remercier de sa protection au cours des bombardements de la guerre 39/45.
En effet, Sercus était proche du bois des huit rues et de la belle Hôtesse où étaient installées des rampes de lancement V1. Les bombardements furent nombreux…Le muret qui entoure la vierge porte l´inscription « O Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous ».

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Aujourd´hui, le temps a fait son oeuvre, la plupart des petites chapelles en bois ont disparu tout comme les coutumes qui y étaient attachées.

Eglise Saint Erasme

Un joyaux de l’art roman

Dédiée à St Erasme, l´église de Sercus de style roman date du XII ème siécle. Le choeur roman est éclairé par un vitrail moderne (1975) évoquant le buisson-ardent. A droite, un vitrail de 1896 représente St Charles Borromée. A gauche, un vitrail évoquant Notre Dame de Lourdes. D´un côté, un ensemble de vitraux représentant le supplice de St Erasme ; de l´autre, la vie de Marie (annonciation, visitation de Jésus au temple) et au fond le baptême de Jésus et le Christ au jardin des oliviers. Au centre de l´édifice setrouve une chaire en chêne finement sculptée (1763) comportant la figure des quatre évangilistes, surmontée d´un abat-voix décoré de deux anges en bois portant chacun une trompette. Le banc de communion et la ballustrade de la tribune sont faits de bois travaillé représentants raisins et épis de blé.

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On y trouve trois autels. Au centre le maître-autel en marbre blanc (1897) et deux autels latéraux : l´un montre l´assomption de Marie d´après Rubens et l´autre est dédié St Erasme.

Trois statues de procession en bois ornent encore notre église.
– St Roch (1669) avec son bâton et son chien (contre la peste).
– Ste Anne et Ste Marie (18-19 ème siècle).
– Ste Barbe (19 ème siècle) avec son glaive et son épée (contre la foudre).
N’est ce pas une église attirante qui mérite d´être visitée ?

Clocher du XII ème et Orgue de 1848

Le clocher de l’église en pierres blanches est classé. L’église St Erasme, entourée de son cimetière, est de type « Hallekerk » composée de trois nefs d’égale hauteur, séparées par des colonnes circulaires. Les voûtes sont en bois peint. Le mur pignon occidental est précédé d’un porche en brique. L’église abrite un mobilier digne d’intérêt.

L’orgue classé monument historique, attribuable à Louis Neuville en 1848 et agrandi par les frères Neuville en 1890. La municipalité vient d’entreprendre sa restauration en 2008 ainsi que la reconstruction de la tribune qui le supporte.

Un retable et des vitraux représente le St Patron Erasme. St Erasme, Evêque martyr, est prié pour les coliques et « maladies du ventre ». Le culte de St Erasme à Sercus remonte certainement au 13 siècle.

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Histoire de restauration

Il faut noter que notre magnifique église avec le temps a du subir plusieurs restaurations. A la fin du XIXème siècle, la première est complète et réalisée grâce aux dons de la municipalité et des paroissiens : les fonts-baptismaux, le portail, les autels, les Statues, les Stalles sont remis à neufs. En 1896 puis en 1899, c’est au tour du choeur d’être restauré et une nouvelle sacristie voit le jour. Un nouveau presbytère fut également sollicité.

Pourtant cela faisait presqu’un demi-siècle que ce magnifique orgue et sa tribune attendaient impatiemment de raisonner à nouveau.

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Enfin, grâce à la volonté sans faille de « l´Association pour la restauration de l’orgue et la sauvegarde de l´église St Erasme à Sercus » un projet ambitieux de restauration a été lancé et s’est terminé en 2010 au coté de la commune, du département et de la Fondation du Patrimoine Nord Pas-de-Calais.

Sercus Autrefois…

Chronique du temps qui passe

Depuis 2010, dans le cadre du P’tit Sercussois, bulletin municipale, la “Chronique du temps qui passe relate la vie du temps passé de la vie des sercussois. 

L’évolution de l’agriculture depuis la 2ème guerre mondiale dans le bulletin n°27

Bulletin n°27_p23 à p25 chronique du temps qui passe

Autres chroniques (2010-2016) en bas de cette page

Sercus entre 1939 et 1945

La chronique n°22 de 2014 relatait la terrible nuit d’un bombardement qui toucha le cœur du village.

Il y a 70 ans, dans la nuit du 4 au 5 janvier 1944, les alliés bombardent des installations allemandes (rampe V1) situées dans le bois des Huit Rues, les premières bombes tombent sur Sercus aux Six Rues et aussi à l’extérieur du village… A travers ce dramatique événement, Bernard Deram se souvient et nous raconte cette époque.

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Les conséquences de la guerre 39/45 sur l’histoire de notre village

En arrivant dans la région, les allemands semaient la terreur. Ils ont traversé la plaine avec leur char, détruisant sur leur passage les récoltes, les haies des pâtures, laissant le bétail s’échapper et se mélanger, à la grande désolation des agriculteurs.

Ils lançaient des bombes incendiaires, brûlant fermes et maisons. C’est ainsi qu’a été entièrement brulée la ferme aujourd’hui exploitée par Emmanuel et Olivier Boddaert, tandis qu’aux Brumiers, les bâtiments d’Eugène Desoutter ont été partiellement détruits, tout comme ceux des fermes Rauwel, près de chez Madame Cayet, ceux de Joseph Merseman et de Louis Bécue. Des maisons n’ont pas été épargnées. Dans la rue Tayal, celle d’Elie Evrard (le beau-père de Georgette), l’a été aussi. Elie a vécu longtemps dans un baraquement en bois en attendant que son habitation soit reconstruite. Une autre a brulé dans la même rue ; elle était située dans la pâture, derrière chez René Verrièle, elle n’a pas été reconstruite. Cette maison appartenait à Germaine Gavory, la tenancière de l’estaminet : « Au cœur Joyeux ». Germaine possédait une autre maison ; elle aussi a été détruite ; elle était située entre chez Pascal Bécue et la forge. Reconstruite avec des « dommages de guerre », Cécile, sa fille, l’a occupée en exerçant le métier de coiffeuse. Cette maison fait aujourd’hui partie du lotissement de la Forge.

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L’occupation
Pendant cette période, des personnes de bonne volonté se sont groupées à l’initiative d’Anne Marie Courtois, pour confectionner chaque mois, un colis destiné aux prisonniers de la commune.
Les hommes mobilisés, il a fallu faire face à la situation. A cette époque, tous les travaux se faisaient à la main tant chez les artisans que chez les agriculteurs. En l’absence des hommes mobilisés, les anciens, les enfants, et surtout les femmes ont fait preuve d’un courage remarquable, et cela avec des moyens limités. Elles ont fait face à la situation.
Les chevaux avaient été réquisitionnés ; les fournitures, obtenus au compte-goutte ; les plants, les semences et l’engrais rationnés. Dans de telles conditions, comment produire en abondance des denrées alimentaires indispensables ? Sans compter qu’à tout moment, les agriculteurs recevaient l’ordre « de livrer au ravitaillement », du bétail, des aliments, … il fallait satisfaire, et nourrir l’occupant, entraînant la pénurie sur le marché intérieur.
Comme la quantité d’aliment disponible était réduite, ils étaient vendus en échange de tickets, délivrés chaque mois, en fonction de l’importance de la famille. Pour éviter la fraude, de nombreux contrôles étaient effectués par un service spécialisé.
A la campagne, ces privations ont été beaucoup moins ressenties qu’en ville. Chacun faisant preuve d’imagination, pour manger à sa faim. Le tabac était rationné, lui aussi. Quelques pieds étaient dissimulés dans les jardins ou les récoltes. Ils permettaient aux anciens de satisfaire leurs besoins de fumer. Autre exemple, impossible de trouver des « enveloppes », pour équiper les roues de vélo, alors on enfilait des rondelles de caoutchouc sur un fil de fer que l’on fixait sur la jante. Bien sûr, cela ne permettait pas d’amortir les aspérités du terrain, mais il fallait s’en contenter, le vélo étant un des rares moyens de se déplacer. Par ailleurs, pour faire face à la pénurie de cuir, les chaussures portaient des semelles en bois, etc.

Comme toujours dans ces situations, des petits malins sans scrupule, profitaient de la pénurie pour pratiquer un commerce parallèle, et faire des profits scandaleux, sur le compte de ceux qui n’ont d’autres choix que de s’exécuter pour obtenir ce dont ils ont absolument besoin.
Pour se loger, les allemands réquisitionnaient « les belles demeures » qu’ils ont souvent pillées. Nous avons souvent été surpris par leurs pratiques, à commencer par l’hygiène. Ils n’hésitaient pas à se laver torse nu, à l’extérieur, même durant la mauvaise saison. Ils pratiquaient beaucoup de sport, ils marchaient en rang, au pas cadencé, en faisant claquer leurs chaussures et en chantant. Il leur arrivait de réquisitionner « toujours le même terme, de la main d’œuvre », pour effectuer des travaux qu’ils jugeaient indispensables. C’est ainsi qu’ils ont fait abattre les peupliers (au Tilleul) qui entouraient les pâtures pour en faire des piquets « Rommel », qu’ils faisaient planter à des endroits stratégiques pour empêcher les avions d’atterrir. Ils ont également envoyé en Allemagne des hommes valides pour participer au travail dans les usines. On appelait ce service : le STO (Service du Travail Obligatoire). L’armement mobilisait toute leur énergie. Ils comptaient sur lui pour imposer leur vue en Europe.

Les avions abattus sur Sercus et les environs
Un avion allemand a été abattu par Pierre Closterman à la Canewelle, comme le relate le livre qu’il a écrit « le grand cirque », où il précise avoir touché un avion sur le territoire d’Hazebrouck, un petit village près de Sercus. A quand même, c’est pas peu dire ! Un avion est tombé en flamme sur un champ situé entre la rue des corbeaux et la ferme Mordacq. Un autre encore est tombé dans le Grand Loo veld, entre la chaumière de Jérôme Huyghe et le Laboureur. Enfin, un dernier avion a été abattu non loin de la voie romaine dans un champ occupé à ce jour par Jean François Deram. Par mégarde, un pilote allemand a tiré sur un avion de son camp. Les représailles ne se sont pas fait attendre. Le pilote a été exécuté et enterré aux Brumiers, près du petit bois appartenant à Claude Desbuquois. Bien que ce soit strictement interdit par l’occupant sous peine de représailles, et par les parents à cause du danger qu’il représentait, les jeunes gens suivis des plus jeunes se précipitaient sur les lieux du crash, par curiosité. Dans le cas qui nous concerne, ils ont récupéré des armes qu’ils ont utilisées sans avoir conscience du danger que cela représentait. Il s’agissait de Jacques et Jean Denaes, de Pierre Ruckebush, de Bernard Courtois, etc….

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Le fuselage et les ailes de cet avion ont été ramenés dans la pâture de Léon Courtois, alors Maire de Sercus. Ces débris ont servi à retenir les berges de la grande mare. Au début des années 2000, des anglais à la recherche de restes d’épaves de la guerre, les ont emportés pour les exposer dans leurs musées. Ils sont revenus, ils disposaient de matériels sophistiqués, capables de détecter des pièces métalliques enfouies très profondément. Ils ont réussi à localiser l’endroit précis où l’avion est tombé, après avoir obtenu les autorisations du propriétaire et de l’exploitant. Ils ont fait appel à une entreprise locale pour les rechercher. Après avoir creusé à plus de 3 mètres de profondeur, la grue a mis à jour les 2 moteurs du bombardier, que les anglais se sont empressés d’emporter le plus discrètement possible. Normalement, ces pratiques sont interdites.

Les bombardements
La proximité des rampes de lancement de V1 à la belle hôtesse, et celle du bois des 8 rues, explique que notre secteur ait été une cible pour les bombardiers alliés. Au hameau de la belle hôtesse, tous les habitants ont dû quitter leur maison, dans un rayon d’un kilomètre. Ils ont dû emporter leur mobilier, leur vêtement et pour les agriculteurs, leur bétail et leur matériel en plus. La majorité des maisons du quartier a été détruite dont la forge. Une construction provisoire est toujours habitée par Gilles Toussaert et sa famille. Dans la côte, la ferme Lesage a été partiellement détruite (parents d’Alain).
La plaine de Morbecque, face à la chaumière de Bertrand Carlier, a fait l’objet de bombardements importants et répétés. La ferme qui abrite le centre de réinsertion et celle de Bernard Leroy ont été toutes deux détruites. Elles ont été reconstruites. Deux autres maisons ont été détruites près de chez Lucien Demol, aux Six Rues. L’une a été reconstruite, il s’agit du pavillon où habitait Michel Rancy. La seconde, du côté de la Rue de Morbecque où on avait construit un baraquement en bois, est aujourd’hui abandonnée. Les bombes creusaient des cratères de plusieurs mètres de profondeur, et comme ils étaient nombreux, ils empêchaient de cultiver les champs. Pour y remédier, il fallait les combler, mais on ne disposait que de pelles et de crochets pour le faire. Le travail était fastidieux. Pour alléger la tâche, un matériel rudimentaire tiré par un cheval a fait l’affaire. Le travail était plus rapide et moins pénible.
Dans le bois des 8 rues, il reste encore des traces de ces trous de bombes. Ils sont le témoignage de l’intensité des bombardements alliés pour neutraliser le site de la rampe du montage et du lancement des V1.

Les bombardements qui ont touché le centre du village
Un violent bombardement a frappé le centre du village. Il a causé la mort d’un sercussois. Il s’agit d’Albert Gaymay (le père de Pierre). Il tenait l’estaminet de la maison commune. Son épouse gravement blessée elle aussi, est restée handicapée à vie. La méprise des pilotes alliés a eu de grosses conséquences pour notre village. Les obus sont tombés sur le perron et devant la maison commune, dont la façade garde encore des traces à ce jour. L’intensité du bombardement au même endroit a provoqué la destruction complète de la fabrique de corsets et de la maison voisine, aujourd’hui habitée par André Deram. Touchées dans une moindre mesure : les maisons d’Albert et Roger Copin (menuisier), celle de Maria Veraeghe (qui tenait une épicerie), tout comme celle de la famille Hernu où se trouvait le secrétariat de la mairie. (maison occupée par Pascal Becue).
Les toitures du café Français (où résidait Jacqueline Decouvelaere), de l’estaminet le Saint Eloi (devenu depuis le Saint Erasme) et enfin de ses dépendances n’ont pas été épargnées.

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Autour de la place, toutes les maisons ont plus ou moins souffert. Les plus éloignées n’ont eu que leurs vitres brisées, tandis qu’à l’église, des éclats d’obus ont endommagé la tour. Tous ses vitraux ont été soufflés, à l’exception de celui de Saint Erasme, prisonnier et libéré par un ange (Faut-il y voir un signe ?) Précisons toutefois que Saint Erasme était invoqué pour protéger les prisonniers et les libérer si possible.
Le lendemain matin, à mon réveil, j’ai mesuré l’étendu des dégâts qui étaient visibles depuis la cuisine de la ferme. De plus, Marie Veraeghe dont le frère travaillait à la ferme s’était réfugiée chez nous. Elle y restera le temps nécessaire, avant de retrouver son domicile et reprendre son activité. En plus d’Albert Gaymay, Sercus a compté d’autres victimes civiles et militaires : Jean Veraeghe disparu en Allemagne, Abel et Géry Veraeghe abattus sur le pas de leur porte au Six Rues, Emile Coudeville.

La débâcle et la fuite des allemands
La fin de la guerre approche, les soldats allemands sont désabusés, ils ont perdu leur arrogance et sont conscients que la partie est perdue. En déroute, comme des réfugiés, ils tentent de fuir par tous les moyens. Leurs chevaux tirent des voitures et des véhicules militaires en panne, ou tout simplement en panne sèche, ils tiraient aussi des chariots agricoles ou s’entassaient les choses les plus diverses.
Le convoi que je décris s’est immobilisé sur la place et s’étalait jusqu’à la Bellevue. Cet arrêt était devenu indispensable. Malade ou boiteux, les chevaux devaient être remplacés. Une partie du matériel roulant aussi. Je me rappelle avoir vu, à la ferme de mes parents, les allemands faire sortir les chevaux de l’écurie, les faire marcher pour voir s’ils étaient capables de prendre la relève. Si tel était le cas, ils les réquisitionnaient. Ils procédaient de la même manière avec le matériel. Laissant sur place les chevaux malades et le matériel hors d’usage. Les chevaux frais et dispos, le matériel en état, le cortège pouvait reprendre son chemin. Mais avant de partir, les hommes voulaient prendre des forces et se restaurer. A cette époque, la traite terminée, le lait mis en bidon était placé au bord du chemin en attendant le passage du laitier. Biensûr, il n’est pas passé ce jour-là. Je vois encore les allemands s’emparer des bidons, les porter dans la cuisine et s’installer autour de la table, après avoir demandé des bols. En traversant le jardin, ils avaient aussi cueillis des pommes. Rassasiés, avant de quitter la pièce, ils s’adressèrent poliment à ma mère en disant : Merzi Madame ! L’avantage était en train de changer de camp.

La Libération
Après la fuite des allemands, les soldats américains et canadiens sont arrivés. Ils traversaient le village à bord de leurs véhicules. Ils s’adressaient à la population, massée sur leur passage, en faisant de grands signes. On leur répondait en faisant un V avec les doigts, V comme Victoire, pour acclamer les libérateurs. Des drapeaux tricolores sont sortis de leur cachette, ils flottaient à nouveau, après cinq années de cauchemar. Les soldats sont restés quelques temps à Sercus. Ils ont installé leurs campements dans des pâtures. Le premier, derrière chez Germaine Blondel, où ils avaient trouvé des fontaines, l’autre dans la pâture Mordacq derrière la chapelle. Enfants, nous allions les voir, il faut avouer que les soldats distribuaient généreusement du chocolat et du chewing-gum, un produit que nous découvrions et apprécions. En effet, les friandises étaient rares pendant la durée du conflit. Aux plus grands, ils donnaient des cigarettes blondes (des américaines qui sentaient bons). Dans cette ambiance chaleureuse, entre les militaires et les enfants, s’était établie une vraie complicité, bien que nous ne parlions pas leur langue. Mais il était toujours possible de se faire comprendre surtout avec les soldats canadiens.
D’un naturel curieux, j’ai appris les circonstances de l’invasion par le « bouche à oreille ». Par contre, je me rappelle des bombardements et de leurs conséquences, comme si cela s’était passé hier.

Bernard Deram

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Histoire de Sercus

Petite histoire de Sercus

Il est fait mention pour la première fois de Sercus dans un acte de vente datant de 1240 . D’abord Sercus fait partie du doyenné de Morbecque, puis le village a appartenu aux évêchés de St Omer et d’Ypres. Le curé Maître Jacques Cuvelier fut pendant de nombreuses années doyen du district à Sercus.

En 1469, la population était de 576 personnes et de 500 en 1900. L’exode rural a eu pour conséquence une décroissance de la population pour descendre jusque 248 âmes en 1975. Le dernier recensement de 2013 montre une population en croissance avec 436 personnes.

Etymologie : beaucoup de questions

L’étymologie du mot « Sercus » pourrait venir de deux mots flamands « Zerk » qui signifie tombe et « huis », maison. « Zerkel » signifiant « pierre tombale », peut-être y-a-t-on trouvé une tombe célèbre autrefois ?

Les formes diverses du nom de la localité dans les siècles passés sont :

Zercle – Dans un compte paroissial de 1607

Sercus – Dans une requête et concession de l’Evêque de St Omer

Cerkel ou Cercude – Dans un mémoire sur une difficulté de partage concernant le terrain du presbytère entre le curé et le vicaire en 1791

Sercus – Cartes de Cassini – 1750

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Sekel – Dans une lettre de Cassel en 1791

Zerkele – D’après J.Sanderus ( Flandria Illustrata)

Sarcus – Dans un acte de vente de 1240

Sekele – Dans des cartes géographiques .Enfin, le nom du village devient « Sercus ». 

L´église

Au 12 ème siècle, une église romane y est édifiée en pierre calcaire de St Omer. L’ensemble constitué d´une tour octogonale haute de 32m. Sa flèche penche vers l’ouest et date du 13 siècle. Les nefs et vitraux sont en ogives et le chœur est roman.

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A cette époque, une grande ferveur religieuse existe : 3 confréries cohabitent à Sercus : celle du St Sacrement, celle du rosaire et celle de St Erasme qui mobilisent tous les paroissiens.

La période révolutionnaire

Dès 1790, les premiers signes révolutionnaires se ressentent au village. Le 27 Janvier, pour respecter les décrets de l’Assemblée Nationale, une municipalité est formée d’hommes d’ordre et d’amis de la paix. Le 03 Février, constitution de la garde nationale et nomination d´un sergent. On nomme également des assesseurs du juge de paix fin 1790.
Le 09 Février 1791, la commune est divisée en quatre sections. Le 13 Novembre, la municipalité est renouvelée. Les partisans du nouveau régime viennent au pouvoir et s’érigent en dictateurs. Le curé déserte le presbytère et cherche alors asile dans les fermes voisines.

En 1793, dans toutes les communes de France, afin de mieux défendre la cause de la République, des comités de surveillance font la chasse aux suspects. Celui de Sercus n’était pas très virulent. Bien que « l’exercice du culte catholique » est interrompu depuis quelques temps, à la demande générale des fermiers, celui-ci recommence très discrétement. Un curé constitutionnel est choisi, mais disparait rapidement devant la progression de la révolution.

Avec la terreur (1793-1794), la peine de mort est décrétée contre les prêtres déportés. Des comités révolutionnaires vite créés surveillent les suspects et les étrangers.

Le 11 Mars 1794, un arrêté du district décrète l’arrestation « des ministres du culte catholique » des communes de Renescure, Rubrouck, Sercus, Zermezeele, Buysscheure, Lynde et Ochtezeele. Les églises sont fermées et tout culte est interdit. On scie la croix de l’église de Sercus mais celle-ci se brise non pas à l’endroit scié mai ? à deux pieds plus bas. L’éghse est pillée.

Le Directoire suit la Convention : les églises s’ouvrent, les immigrés reviennent.

De l´époque napoléonienne à nos jours

Pendant les conflits du premier empire, en 1814, 800 Autrichiens campent à Sercus pendant huit jours. En 1815, c’est 200 Anglais qui restent deux mois au village.

En 1899, Guido Gezelle le célèbre prêtre et poète flamand né à Bruges, se rend à Sercus, qui le mentionne dans l´un de ses récits.

En 1904 ; la séparation officielle de l’Eglise et de l’Etat sur le plan politique et financier provoque le pillage des églises dont celle de Sercus qui saccagée.

Durant la première guerre mondiale (1914-1918), des hommes auraient quitté le village pour éviter d’aller travailler en Allemagne. Des bombes seraient tombées dans les champs avoisinant ferme d’Eiie Deram. On signale à Sercus des Anglais et des Ecossais. Des masques à gaz contre l’ypérite sont distribués à Ypres.

La seconde guerre mondiale (1939-1945) éclate. En 1943, l’armée allemande met au point les V1. A partir de Sercus, un poste de commandement et un bureau d’études travaillent sur plusieurs chantiers. Des travaux importants sont entrepris à plusieurs endroits de la Flandre et du Boulonnais, notamment à la Belle Hôtesse et à la Canneweele. Dans la nuit du 4 au 5 janvier 1944, les alliés bombardent ces installations allemandes, les premières bombes tombent aux Six Rues et à l’extérieur du village. Malheureusement, des bombes atteignent Sercus faisant deux victimes et blessant gravement une maman.

Bombardement du Saint Eloi (aujourd’hui le St Erasme) – Place du village.

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Bombardement-Route d’Hazebrouck-Maison commune.

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Résumé et extrait de « Essai de monographie paroissiale de Sercus » aux éditions de ’Orphelinat de Don Bosco à Lille écrit par l’Abbé Emile Descamps et du livre « La dévotion à St Erasme » écrit par l’Abbé Beudaert.